Mercredi soir, la teigne, ou la gale, ou va savoir quelle bibitte de Teo semblait être partie en folie.
Le crâne en sang, on l'appelait « Red Ketchup » !
On l'emmène donc avec nous à Tepic jeudi, on voit le vétérinaire qui ordonne une série de soins qu'on s'empresse d'appliquer dès le soir. Pilule, shampoing, lotion sur tout le corps.
Vendredi, il semble pareil. Se roule dans la terre pour calmer les démangeaisons puis dodo sur le fauteuil... Yé !
Mais ce matin !
Il n'est même pas sorti de sa salle de bains où il dort, ne mange pas, ne bouge pas de la journée, n'a emmerdé personne... On se dit que c'est le médicament qui l'assomme, et on lui fout la paix.
Jusqu'à ce que...
[Ne me confiez jamais un service d'urgence, hein !]
J'allume enfin. Yeux gonflés, bouche gonflée, gorge gonflée... Œudème de Quincke, bon sang !!!
Réaction allergique !
Et le sang sur la tête, c'était pas des bibittes, c'était de l'urticaire.
Il est 6 heures du soir quand j'ai mon illumination. Je fouille Internet pour voir l'évolution naturelle d'un œdème de quincke auquel il semble avoir survécu (il respire toujours, il a même mangé); je ne trouve rien. Toutes les pages parlent d'urgence vétérinaire.
Mais là, on est au bout du monde. Il est 7 heures... Je re-fouille Internet pour trouver le numéro du vet' de Tepic, je l'appelle... et la clinique est encore ouverte un samedi soir.
Pas mal, mais va-t-en expliquer l'état de Teo en espagnol... J'y arrive tant bien que mal; je prends l'ordonnance d'anti-histaminique injectable par téléphone, réveille Gilles qui somnole devant la TV. Direction la pharmacie d'Aticama --qui est ouverte à 7 h 30--; on achète l'ampoule et une seringue.
Mais, euh... j'ai jamais fait une intra-musculaire à un chien, moi !!!
Je demande à la pharmacienne si elle a déjà fait ça. Non.
Bon, ben... je vais m'essayer...
Là-dessus, faut que je vous raconte une autre histoire :
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C'est gilles qui me dit, il y a quelques jours, qu'il pense commencer un orgelet sur l'oeil droit. Je regarde, et ça y ressemble. Je sors les gouttes et le collyre.
Le lendemain matin, la paupière inférieure est gonflée. Je mets de la glace, sans réel effet. On continue les gouttes et le collyre.
Le lendemain, c'est encore plus gonflé. On dirait qu'il s'est battu.
Mardi, après les courses, on arrête au minuscule dispensaire du village. Trois pièces vétustes. Un médecin, une infirmière-réceptionniste, et deux personnes qui font l'inventaire en écrivant de gros numéros au feutre sur les meubles.
Personne d'autre, pas de patients.
Je présente le cas à la réceptionniste (c'est toujours moi qui cause. Lui, il dit seulement
/duele/ ou
/no, no duele/...)
Elle appelle le doc qui sort de sa salle de consultation. Il a tout juste l'air d'avoir 25 ans... Jeans et t-shirt. Pas de blouse.
Toujours dans la salle d'attente, il fait son diagnostic : piqûre d'araignée.
Mais, s'il a bien de quoi faire une injection de cortisone, il n'a pas l'«eau injectable» pour diluer - ou elle est périmée; il nous envoie à la pharmacie du village avec un post-it rose sur lequel il a fait son ordonnance :
*Agua injectable 20 ml.
*Celestamine NS. tabletas.
160 pesos. 13$.
On revient cinq minutes plus tard.
Le doc est occupé à soigner une vilaine plaie au genou d'une gamine.
L'infirmière range vaguement ses papiers sur son bureau, sort les flacons, seringue, aiguille. Pas de gants.
Elle prépare l'intra-veineuse sur le dos de la main. Le sang pisse sur son bureau.
Elle fait les deux injections, nettoie vaguement les traces de sang sur son aide-mémoire scotché sur le bureau.
Le médecin a fini avec la gamine qui ressort de la salle de consultation, boitante et souriante.
Il rédige son ordonnance officielle, rajoute un tube de Xyloderm et fait ses comptes pour l'onguent et la consultation pour des non-assurés : 192 pesos. 15,50 $.
J'ai voulu laisser la monnaie dans la boîte à tips, mais il n'y en avait pas.
Au moment de partir, une dame entre avec un bébé mal en point sur le bras. Le Dr. Arturo nous a déjà oubliés.
30 minutes, 30$ max, pour tout ça.
J'ai eu un pincement au coeur en imaginant la situation d'un Mexicain sans papiers à Montréal (ou dans un patelin perdu...) ayant besoin d'un médecin...
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Bref, avec Teo dans la voiture (il adore la voiture) on se dit que, peut-être, le dispensaire est ouvert et qu'on pourrait demander...
Ben oui. Il est presque huit heures, le petit doc est là, qui attend qu'une maman ait fini d'administrer de l'oxygène à sa gamine asthmatique.
Je lui explique.
Il dit : « c'est bien, l'anti-histaminique, mais on va ajouter une ampoule de cortisone ».
Il en avait juste là, sous la main. Sans doute pour la gamine...
Il remplit ma seringue des deux ampoules, on sort, on ouvre la porte arrière de la voiture, et il injecte ça dans la cuisse de Teo comme s'il n'avait fait que ça toute sa vie.
Après, il regarde Gilles, inspecte son œil redevenu presque normal, prend de ses nouvelles, nous serre la main et retourne à son travail après avoir fini par accepter que je lui paie les 50 pesos de l'ampoule de cortisone.
Parfois, les choses semblent si simples, ici.
[Je vous épargne les photos de Teo :-]