23 juil. 2011

Les Gringos

Je sais, c'est facile.
Mais ils sont tellement typiques !

Prenons Ken, mon presque voisin. L'agent ReMax pour qui j'ai fait un site Web gratuit.

Ken, comme tous les gringos, s'est fait refaire un genou (une rotule, une hanche, un pied, des dents, des yeux... tous les gringos profitent des bas prix mexicans, et se sentent presque obligés de se faire soigner à pas cher des trucs qu'ils auraient négligés aux US.)

Ken, donc, n'arrive pas à conduire sur de longues distances parce que ça fait mal. On l'a donc pris avec nous pour aller à Puerto Vallarta.

Ken fait partie d'une bande de gringos qui veulent le bien des Mexicains. De la charité à l'américaine (et à la canadienne) : on utilise les fonds de fondations de gens qui s'arrangent pour ne pas payer d'impôts aux USA ou au Canada pour «éduquer» les pauvres. Ils soutiennent donc des étudiants du village pour qu'ils puissent poursuivre leurs études universitaires. C'est bien.
Mais Ken et ses amis ne parlent pas un mot d'espagnol.
Ken et ses amis pensent qu'aider un Mexicain, c'est surtout lui apprendre à parler anglais.

Ce n'est pas du tout intéressé. Non non non.

Ken et ses amis se sont mis en tête d'ouvrir un centre culturel à Aticama, où l'on enseignerait l'anglais.
Le projet va bon train, c'est pour dans un mois ou deux.
Une salle de cours, une salle pour les enfants, une bibliothèque avec des postes d'ordinateurs et Internet. C'est bien.

Bref, on emmène Ken chez son orthopédiste, puis chez Home Dépot pour s'informer sur les peintures pour sols de béton pour le Centre.

Ça m'a sciée : deux ans ici, des cours d'espagnol une fois par semaine, et... rien. Totalement incapable de poser une question au vendeur. Encore moins de comprendre les réponses.
Il m'utilise comme interprète sans la moindre vergogne, avec en tête cette antienne des anglos : « oui mais pour vous, les francophones, l'espagnol, c'est facile ». Sans jamais se demander comment « pour nous, l'anglais, c'est facile »... Ni comment « pour les Mexicains, l'anglais, c'est facile ».

Pancho est passé en finissant son travail, vers midi. Il avait chaud, il a sauté dans la piscine.
Son copain nous a regardés, lui et nous, comme des extraterrestres. Ça ne se fait pas, plonger dans les piscines de gringos !
(Bon, d'accord, ça ne se fait pas de plonger alors qu'on est plein de ciment... mais c'est une autre histoire ;-)

Puis Gilles lui a parlé du centre culturel. « Bwah ! C'est pas pour nous, ça. C'est pour les gringos. On ne pourra jamais aller là.» Gilles a insisté. Comme il s'est fait embarquer dans la décoration de la salle des enfants et sur l'identité du centre, il se sent impliqué.
Si si si ! C'est pour vous tous, de toute la Baie de Matanchen, ce centre culturel !

Hum. J'ai l'impression que les gringos ont fait une erreur en impliquant des francophones --pauvres et  hispanisants qui ont des amis mexicains-- dans leur histoire. On va leur foutre le bordel, je sens.

2 commentaires:

  1. Un bordel identitaire, en somme.
    Pas mal !

    RépondreSupprimer
  2. Je dirais sans vergogne que l'esprit latin semble parfois moins cartésien et sans doute plus libertaire sans toutefois être toujours au secours de l'ordre établi. Il faut certainement commencer par éduquer les mentalités avant d'élaborer tout processus instructif. Mais l'effort est tout de même louable.

    RépondreSupprimer

Vos commentaires seront modérés.
Ils peuvent être anonymes, mais signez-les, quand même :-)