28 mai 2012

Rappel

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26 mai 2012

Perdu

Une aventure de Gilles


Hier, je dis à ma blonde : t'as pas le goût de petites camarones a la diabla?
C'est difficile de dire non.
Aussitôt dit, aussitôt fait, on enfourche moto et scooter et on se retrouve chez Lupita à Aticama pour notre mets préféré. On s'en régale une fois par semaine, toujours à la même place.

Après, Anne rentre à la maison et je décide d'aller voir de mon bord mes amis Tony et Pancho qui travaillent au village de la Palma. C'est un bon 6 ou 7 kilomètres. Arrivé sur les lieux, les routes sont affreuses, je sens la moto perdre son contrôle. Non, non c'est pas vrai, j'ai une putain de crevaison, caramba!

Il est deux heures de l'après-midi. Il fait une de ces chaleurs ! on entend la cigales et les criquets. Les maisons sont closes, les volets fermés. Pas une âme qui vive dans ce bled perdu et moi, et moi qui pousse ma grosse Bertha sous ce soleil écrasant et poussiéreux. Je prends régulièrement la lecture de mon vieux body, comment est la pression? Pas mal mais faudrait qu'il se repose un peu parce qu'il fait monter ses palpitations... Attention, coup de chaleur dans le dos, on prévoit une crampes sur le côté sud-ouest!

J'étais vraiment mal barré, un village fantôme, une crevaison, une marche joyeuse pour le retour à la maison de plus de 6 kilomètres en poussant une moto... avec cette chaleur, j'allais faire péter au fret mon corazon. Non vraiment, je ne suis pas chanceux. Ma tête tournait toujours la même rengaine : pourquoi aujourd'hui? Pourquoi, pourquoi...? Mes pieds enflaient et mon souffle devenait de plus en plus court. 

Je décide d'aller m'acheter une bouteille d'eau, histoire de faire baisser la pression. Par chance, Anne m'avait donné 200 pesos au resto. D'habitude, je me promène sans le sou.

La dame, dans l'ombre, cachée derrières ses étagères de frijoles, me regarde de son noir regard. Le premier coup d’œil n'était pas si méchant que je le pensais. La señora était même plutôt sympa.
- Hay cambio para dos cientos pesos?
- Si senor, pero, que passa, tu es perdido?
- Si! y tengo un problema con mi moto. Sabes donde un taller mecanico fiable?


Miracle, en plus d'avoir de l'eau pour ma rafraîchir, j'avais également l'adresse d'un atelier mécano.
- «Facil : derecho, derecho, despues derecha, dos calles, derecha y esta la casa tres... » Osti. Je me suis perdu, évidemment. Je demande à un jeune pas-de-dent (qui voulait à tout prix me parler en anglais) où se trouve le garage d'un nommé Colo... . Avec l'accent qu'il avait et son sourire édenté, je le préférais en espagnol. Anyway, d'après son baragouinage, le garage était tout près. Je réussis enfin par arriver chez mon mécano.

Un fond de cour où tout traîne, des carcasses de bagnoles oubliées depuis des décennies, pas un son, que des mouches volant autour de moi. Je vois un vieux assis sur un pneu en guise de chaise.

- Pardon, ou se trouve el patron?
D'un signe de tête, il m'indique un grand slack en combinaison blanche —enfin... qui avait déjà été blanche un jour— se rapprocher de moi d'un air inquiet. Je lui explique mon problème...

Rien, pas de réaction.
Ça y est, me dis-je, je suis tombé sur une famille de profonds dégénérés qui coupent les clients gringo pour en faire de la ceviche «especial».

Il dit à son acolyte qu'il ne comprend pas ce que j'ai dit. L'autre vient me voir en me demandant de lui réexpliquer le problème. Ah bin dis donc, el senor il veut qu'on répare son pneu, t'as compris là? Si, mais j'ai pas de tube pour la roue arrière! Ah non, c'est pas vrai. Le grand efflanqué s'aperçoit que je suis découragé et va derrière une pile de brol, voir s'il y aurait pas un vieux condom qui ferait faire l'affaire. Je rigole mais il a quand même réussit à trouver un vieux pneu qui sera découpé pour récupérer la chambre à air et la coller sur mon tube encore viable. Bef, me bidouner une solution à la mexicaine. J'étais tout content de constater qu'il n'était pas si bête qu'il le laissait voir. Hourra, combien de temps pour le travail? Trenta minutos y vingt pesos. Shit, c'est moins de deux dollards. Ok, listo.

J'étais heureux de l'inventivité mexicaine, avec rien, ils nous réparent presque tout... quoique ça ne tient pas très longtemps... Prends ce qu'on t'offre et va faire réparer plus tard, dans un garage plus professionnel. Bah oui, pourquoi pas.

Je reviens trente minutes plus tard. Mes deux mécanos de Formule 1 ont terminé et gonglent le pneu. Pffffffffff.... PAF! La chambre à air n'a pas tenu le coup. Hijo de puta, la solution «bricolée avec rien» est morte de sa belle mort et ne sera pas retenue. Mon gars me regarde avec les yeux tristes de Pemex. Je lui explique que c'est pas grave. Il m'offre d'aller au village voisin pour acheter un tube neuf.
- Je ne comprends pas là, on peut trouver un tube à Aticama ? C'est génial, fantastique, pourquoi ne pas l'avoir proposé avant?
- Ben, j'ai pas d'autos pour aller au village.
- Et c'est quoi tous ces camions autour de nous et dans la rue, on déborde d'autos!
- Ah ça... celui-là ne roule pas, celui-ci il n'a pas de frein, l'autre pas de transmission...

Je me résigne, pas de chambre à air, pas de moto, je n'ai plus d'autre choix que de marcher en gougounes jusqu'à la maison. La vie est parfois cruelle.

Je conviens toutefois, avec mon nouvel ami qu'il me répare le pneu demain avec un tube neuf et qu'il fasse le transport de la moto jusqu'à ma maison. Voilà 150 pesos et me reste 20 pesos, ce sera pour ma cerveza.

En retournant à pied sur les galets de la rue, je me souhaite de revoir ma Honda. Et s'il ne venait pas me la rapporter ? Et s'il disparaissait comme le réparateur de télés ?

Maudissant le ciel de ne pas avoir mis mes souliers, je marche pépère... j'en ai au moins pour deux heures avant d'arriver à la maison...

Je n'ai pas encore fait deux coins de rue que j'entends klaxonner derrière moi : Leon Pope s'arrête en demandant si j'ai un problème. Et comment! Me voilà bien assis dans le 4x4, une brise légère d'air climatisé caresse mon visage en nage.

Le lendemain à 9 heures, mes deux amis de La Palma me débarquaient ma moto fraîchement réparée. Y a pas à dire, les vrais voleurs ne vivent pas dans les pays pauvres.

20 mai 2012

Cauchemar

Gilles aime les films d'horreur. Il les achète, piratés, par DVD de trois, au marché de San Blas ou même sur la place d'Aticama.
Moi qui ai déjà si peur de la vraie vie, je n'ai jamais compris cette passion pour l'angoisse par procuration. C'est pour ça qu'on a deux télés...

Gilles regarde des films d'horreur et s'endort devant la télé, et puis ronfle comme un bébé.

Depuis quelques temps, il n'en écoute plus. Il s'endort devant les infos.
Et quand il monte continuer sa nuit dans la chambre, il ne dort plus comme un bébé.
Il crie, angoisse, cauchemarde sur ce qu'il a vu en s'endormant.

Dans le dernier cauchemar qu'il m'a raconté, la maison était envahie de réfugiés politiques québécois.

2 mai 2012

Je ne dors pas.

La lune me regarde par la fenêtre, d'un trou dans les nuages.
Je ne dors pas, les nuits commencent à être chaudes et je n'ai pas encore l'habitude.

Gilles m'avait rapporté l'été dernier, sur le conseil d'une libraire, presque toute la production écrite d'une écrivaine pour dames*.
J'en ai essayé un, sans parvenir à la page 50. Puis un autre, pas mieux. Un troisième m'a achevée. Et je n'avais rien d'autre à lire.
Une auteure-féministe-américaine dans toute sa splendeur, une dame qui vit à l'université et qui semble ne jamais faire ses courses, qui planche sur ses malheurs avec les méchants hommes…
Comment Gilles avait-t-il pu croire un instant que ces romans pour dames « engagées »  auraient eu une chance de me plaire ?
Mais La Mort, entre autres, de Philippe Kerr, tout de même !

De ce qu'André et Line avaient apporté, presque rien à mon goût : trop noir.  Tout pour Gilles !
51 pauvres pages avant que Expiation de Ian McEwan me tombe des mains...

Puis Jérôme est venu, la valise pleine. Les choix de Marie-Laure, pour l'essentiel. Et Antonin qui avait fait mes courses.
Mais je n'arrivais pas à décider où trouver mon plaisir parmi tous ces titres inconnus.

Alors j'ai lu Marc Lévy. Vite vite (comment faire autrement ?) Puis relu un Gavalda, qu'une marine-pêcheuse brittano-colombienne m'avait passé en version bilingue, mis en page par un plombier serbo-croate; laissant tous les traits d'union de fin de ligne de la version originale disséminés en milieu de page. (Elna m'apporte aussi les films en français, achetés au pirate du coin; dont on ne sait jamais d'avance si on trouvera la version dans la langue de son choix avec des sous-titres en russe.)

Levy, Gavalda... C'est confortable comme un macdo une fois par an, comme un chocolat chaud en hiver, comme une bleuette de fin de soirée à la télé.

Me voilà donc réhabituée à avaler les pages.
La Croisade de Carmody (qui finit en eau de boudin), de John Tittensor, puis;
444 pages des 660 de les Yeux dans les arbres, Barbara Kingslover. J'aurais peut-être dû lire les Autres essais avant ?
Ensuite, moins de 50 pages du Dernier des fous, de Tomy Findley. J'ai lu la fin avant le milieu.
Dans ma méthode de classement des livres que j'aime**, ce n'est pas franchement un mauvais score.
J'y reviendrai sans doute.

Mon préféré jusqu'à présent : La famille Lament, George Hagen. Une fin un peu précipitée, peut-être, mais ce n'est pas toujours pour me déplaire, cette impression que l'auteur en avait marre de ses personnages et qu'il boucle le tout en vitesse ?

Et me voilà dans Lucia Etxebarria et sa Beatriz et les corps célestes. Je n'arrive pas à comprendre ce qui me plaît dans cette histoire de gouines espagnoles... L'écriture, sans doute; comme toute la littérature hispanique ou hispano-américaine, qui me ravit toujours. Cette manière de faire couler les mots sans que le sens ou l'histoire soient vraiment importantes ? Cette façon de fasciner qu'ont les reflets de la lumière sur une rivière, où l'esprit vagabonde seul, comme une feuille morte portée par le courant ?
Ces livres inracontables, où en fait rien ne se passe, ces livres qu'on peut lire au hasard, dont on se fout de la fin.

Ensuite ? Je ne sais pas. Un milieu de tronqué ? Une suite de négligé ? Un rejeté d'office à cause de son genre, de son titre, de son auteur ?

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* Siri Hustvedt

**
5 : Je lis le livre d'un bout à l'autre, puis je retourne à la première page et je recommence.
4 : Je lis le livre d'un bout à l'autre et je passe au suivant qui, souvent, me déçoit.
3 : Je lis le début, puis la fin, puis le milieu.
2 : Je lis le début, puis la fin.
1 : Je lis le début.
0 : Je lis le titre et/ou la 4e de couverture et/ou un passage au hasard.

Ce n'est pas un classement qualitatif, loin de là ! Je ne me permettrais jamais de juger un écrivain.
C'est mon sentiment; il y a tant à lire, tant de plaisir à y trouver, que rien n'oblige à se forcer.