27 mars 2009

Los cocos - Tennessee

Finalement, on est partis à midi, plutôt qu'à l'aube... J'avais installé mon antenne chez John le voisin la veille, mais la connexion était mauvaise.
On a tout redéplacé. Les adieux à LaFrite, à Roberto, à notre plage, à Ivan, qui a élu domicile chez John, et en route !

On a perdu pas mal de temps à Guadalajara, arrêtés pour un excès de vitesse de 10 km. Fake, évidemment.
Le flic prétend qu'il ne peut pas percevoir l'argent de la contravention, qu'il faut aller payer le lendemain au bureau ad hoc. Mais qu'il peut le faire pour nous si on lui donne les 500 pesos cash :-)
On a fait comme si il était écrit « pigeon » en 48 points sur notre front, on a sorti les 500 pesos, et on n'a jamais vu le billet...
Le soir, on arrivait à Lagos de Moreno, où on a squatté un petit coin de parking de station Pemex.

À 8 heures, on repart vers a frontière. Direction Laredo. On se perd en sortant de Lagos de Moreno, roulant près de 20 km en direction de Leon, au sud, plutôt que San Luis Potosi, au nord.
On a décidé de ne prendre que les autoroutes à péage, et on est servis ! On s'arrête à un poste presque tous les 100 km, et on sort ici 24 pesos, là 127... Ma sacoche est pleine de coupons de reçus !

Dans le nord de l'état de San Luis Potosi, on passe un peu à l'Est de Real de Catorce, de son vrai nom « Villa Real de Minas de Nuestra Senora de la Limpia Conception de Guadalupe de los Alamos de Catorce », une ancienne ville minière, qui avait connu de beaux jours (Caruso y a même chanté) jusqu'à la fin du XIXe siècle, où le cours de l'argent s'est effondré.
C'est un lieu de pélerinage des Indiens Huicholes, ceux qu'on rencontre dans notre coin, à San Blas ou à Tepic. Ils parcourent plus de 400 km chaque année, au début de l'été, pour rejoindre cette ville qu'ils appellent Wirikuta, discuter avec leurs dieux, peyotl et mescal aidant.
Ville fantôme depuis 1900, la ville vivotait jusqu'à ce qu'un bande de gringos un peu freak décide de l'investir, d'y installer galeries d'art et cafés chics, et d'y consommer la production locale de peyotl.

On passe au large.

On finit de traverser la Sierra Madre oriental dans un décor de film de cow-boys, où de mini tornades de sable s'élèvent vers le ciel, où des buissons roulants traversent la route; déjà, ça sent l'Amérique. On ne se sent plus vraiment au Mexique, mais plutôt dans la banlieue pauvre du Centre du Monde.

Le soir, on arrive enfin à Nuevo Laredo, le côté mexicain de la frontière. On y traverse le Rio Grande pour gagner la Terre Promise.
On ne sait pas, évidemment, que les visas échus se remettent au préposé qui perçoit la dîme du passage du pont...
On l'apprend par les douaniers américains. De l'autre côté du pont...

Tout ça pour ça !
On a rushé pour pouvoir sortir du Mexique à la date où nos visas étaient échus, et on n'a même pas de preuve qu'on est sortis à la date limite !!!

Ce n'est bien sûr que le début de nos déboires.
On ne rentre pas comme ça aux États-Unis avec un passeport belge. Allez, à la file, avec les Mexicains en quête de vie meileure (s'ils savaient, les pauvres) ! Mais... Le permis d'entrée coûte 6 $. J'ai laissé ma boîte pleine de dollars à Los Cocos. Je n'ai que des pesos, des cartes de guichet, une carte de crédit pas payée et... fraudée, viens-je d'apprendre.
Me voilà donc remontant la file de mes compagnons d'infortune, proposant à la cantonade «cien pesos por 6 dollares».
Je trouve enfin un amateur pour ce bon deal d'agent de change dépressif, offrant plus de deux fois la valeur de ce que j'achète.

Et commence l'attente.
Pendant ce temps, un douanier soupçonneux inspecte le camper où Gilles m'attend, doutant qu'on ait pu y vivre plus de 8 mois avec si peu de vêtements, d'accessoires et tous ces trucs qu'on retrouve généralement dans les campers de snow-birds... allez, fouille complète et rayons X !!!

Je finis par obtenir mon visa de touriste, et on repart. Direction San Antonio, Texas. Il est tard, on n'y arrivera pas ce soir-là.

Le GPS, qui a repris du service, indique des motels à Cotulla. Le premier, le second sont « no vacancy ». Il en reste un troisième.
Pratiquement vide, et pour cause ! Délabré, peuplé de quelques Mexicains illégaux couchant à 6 dans une chambre, tenu par une dame presque centenaire qu'on a manifestement tirée du lit. On prend. 30$ la nuit.
On a changé d'heure deux fois, depuis le départ. Il a beau être près de minuit, on n'a pas encore vraiment sommeil.

Le lendemain, un papier sur la porte nous informe que notre carte de crédit a été refusée. Pas de problème, la dame a l'habitude et propose d'attente le mois prochain pour repasser la demande ! Sans autre garantie.
Mais non, madame, on va aller au guichet le plus proche chercher du liquide, puis essayer de trouver une connexion Internet pour régler ce problème de carte. Il est déjà 11 heures (locales) quand on repart.
Il fait gris, sale, froid. Il pleut.
Cette région du Texas est peuplée de marchands de chars, de camions et de tracteurs. De temps en temps le paysage change pour une série de « outlet factory ».
San Antonio, Austin, Waco, Dallas,... Tiens, on s'en va vers la panne d'essence... On termine le trajet à 90km/h sur la voie des Troopers, sur le côté de l'autoroute, histoire d'économiser. Toutes les stations n'ont pas du diesel.

Le GPS nous trouve un Wal-Mart doublé d'une station d'essence, à Sulphur Springs. Ouvert 24 heures sur 24, le Wal Mart !
Il est temps de se trouver où dormir avant de sortir du Texas. Dommage. Bordé d'arbres, le parking du Wal Mart fera l'affaire.

On s'achète un poulet rôti pour le souper. Mais pas une seule bière dans ce magasin. On essaie un petit dépanneur, où je demande où me trouver ne fût-ce qu'une Bud Light. « Il faut retourner 50 km vers l'Ouest. La vente d'alcool est interdite dans ce comté »

!!!

Pays de sauvages !

Vite, gagnons le monde civilisé. Little Rock, Arkansas, puis Memphis et Nashville,Tennessee !
Si on croise Elvis, on vous dira.